Partager l'article ! OSSIP MANDELSTAM: 23. poème extrait du recueil Tristia e ...
23. poème extrait du recueil Tristia et autres poèmes, publié aux éditions Gallimard
Aujourd’hui est un jour mauvais,
Et le chœur des grillons sommeille
Et l’abri des roches obscures
Est plus sombre que les pierres tombales
Le cri des corbeaux prophétiques,
Le bourdon des flèches qui volent…
Je fais un rêve, un cauchemar,
Après l’instant l’instant s’enfuit.
Écarte les bornes des phénomènes,
Jette à bas la cage terrestre,
Fais retentir, l’hymne sauvage,
Le cuivre des mystères rebelles !
Ô ! des âmes l’austère pendule
Se balance, vertical et sourd,
Et le destin passionnément
Frappe à notre porte interdite…
28.
Le froid me donne des frissons –
Je voudrais perdre l’usage de la parole.
Mais de l’or danse dans le ciel
Et il m’intime l’ordre de chanter.
Consume-toi, musicien angoissé !
Aime, souviens-toi et pleure,
Et saisis le ballon léger
Lancé d’une planète glauque.
Car le voici le véritable
Lien avec l’univers mystérieux !
Quelle inquiétude déchirante
Et quel malheur viennent d’échoir !
Suppose que l’étoile
Qui brille toujours au-dessus du magasin de mode
S’enfonce brusquement
Dans mon cœur, ainsi qu’une longue épingle.
1912.
29.
Que m’est odieuse la lumière
Des monotones étoiles !
Salut, mon ancien délire,
Du clocher l’essor ogival !
Ô change-toi, pierre, en dentelle,
Et deviens toile d’araignée !
Que le torse vide du ciel
S’ouvre à ton aiguille aiguisée !
Mon tour aussi viendra de m’élancer,
Je sens déjà l’essor d’une aile.
Mais vers quel but, de la vive pensée,
La flèche s’envolera-t-elle ?
Ou bien je serai de retour,
Ayant mon temps et ma route épuisé.
Ici je redoute l’amour,
Là-bas je n’ai pas pu aimer…
1912.
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