Dimanche 13 février 2011 7 13 /02 /Fév /2011 19:31

 

 

 

23. poème extrait du recueil Tristia et autres poèmes, publié aux éditions Gallimard

          Aujourd’hui est un jour mauvais,

          Et le chœur des grillons sommeille

          Et l’abri des roches obscures

          Est plus sombre que les pierres tombales

 

          Le cri des corbeaux prophétiques,

          Le bourdon des flèches qui volent…

          Je fais un rêve, un cauchemar,

          Après l’instant l’instant s’enfuit.

 

          Écarte les bornes des phénomènes,

          Jette à bas la cage terrestre,

          Fais retentir, l’hymne sauvage,

          Le cuivre des mystères rebelles !

    

         Ô ! des âmes l’austère pendule

         Se balance, vertical et sourd,

         Et le destin passionnément

         Frappe à notre porte interdite…

 

                        28.

     Le froid me donne des frissons –

     Je voudrais perdre l’usage de la parole.

     Mais de l’or danse dans le ciel

     Et il m’intime l’ordre de chanter.

 

     Consume-toi, musicien angoissé !

     Aime, souviens-toi et pleure,

     Et saisis le ballon léger

     Lancé d’une planète glauque.

 

     Car le voici le véritable

     Lien avec l’univers mystérieux !

     Quelle inquiétude déchirante

     Et quel malheur viennent d’échoir !

 

     Suppose que l’étoile

     Qui brille toujours au-dessus du magasin de mode

     S’enfonce brusquement

     Dans mon cœur, ainsi qu’une longue épingle.

                                                                                                       1912.                                                                            

                       29.

     Que m’est odieuse la lumière

     Des monotones étoiles !

     Salut, mon ancien délire,

     Du clocher l’essor ogival !

 

     Ô change-toi, pierre, en dentelle,

     Et deviens toile d’araignée !

     Que le torse vide du ciel

     S’ouvre à ton aiguille aiguisée !

 

     Mon tour aussi viendra de m’élancer,

     Je sens déjà l’essor d’une aile.

     Mais vers quel but, de la vive pensée,

     La flèche s’envolera-t-elle ?

 

    Ou bien je serai de retour,

    Ayant mon temps et ma route épuisé.

    Ici je redoute l’amour,

    Là-bas je n’ai pas pu aimer…

                                                                                                         1912.

 

 

 

Par iconoclaste - Publié dans : poésie
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